Hailles, village martyr de la 1ère Guerre Mondiale

Citation à l'ordre de l'armée (28 octobre 1920) attribution de la Croix de Guerre 1914-1918 : "Située en 1918 sur la ligne de bataille, a été l'objet de nombreux bombardements qui l'ont entièrement détruite. A toujours montré dans les épreuves un calme et une dignité incomparable en attendant l'heure de la Victoire".

Le 21 mars 1918, pour en finir avec la guerre de position, Ludendorff lance une grande offensive d'est en ouest pour prendre Amiens et couper ainsi l'accès par chemin de fer du matériel et des hommes. Cette offensive bien préparée et massivement animée par plus de cinquante divisions crève le front de l'est du Santerre et se lance vers Amiens, prenant Roye, Montdidier, et bientôt Moreuil.

Jusqu'au 8 août 1918, Hailles se trouve dans la tourmente, ainsi que Castel, Rouvrel, Morisel, et bien sûr Moreuil. Le Bois Sénécat, situé sur les hauteurs entre Hailles et Rouvrel, sera pendant 100 jours un point stratégique d'une importance capitale puisque de là on accède rapidement à la voie ferrée Paris-Amiens que voulaient couper les Allemands.

Cent jours au cours desquels le bois sera pris, puis perdu, puis repris. Haché par les obus, et la mitraille, on sait que de nos jours il y est encore dangereux de faire du feu ! Hailles est à quelques centaines de mètres de ce bois, il va donc connaître l'enfer du feu, des canons de tous bords qui s'affrontent, et les destructions vont y être impressionnantes.

Dans "La 66ème Division d'Infanterie à la Bataille d'Amiens, Fisher, éditions Peyronnet", on peut lire :
"Rouvrel, pauvre village de première ligne... il offre ses mille et unes plaies... Et son frère d'infortune, Hailles là-bas, en sentinelle avancée, paresseusement couché dans les méandres et les fraîcheurs de l'Avre... Égaux aujourd'hui, les deux villages blessés à mort, égaux dans la m^me impuissance, devant la m^me destruction... Le bois Sénécat ! qui l'a vu sera poursuivi par cette vision ! Ce n'était pas la destruction totale qui fait oublier ce qui a été, mais quelque chose de plus poignant. Tragique il dressait ces fûts blessés sur un enchevêtrement de branches abattues ou dormaient les cadavres ; des odeurs de poudre et de gaz somnolaient, éparses, entretenues par le combat quotidien... Le bois Sénécat était l'âme de tout le secteur, sa position avec une importance capitale. Le aître du bois était le maître du plateau, et le maître du plateau, il ne fallait pas que ce fût l'ennemi. La possession du bois lui eût donné des vues directes sur la Noye et le commandement d'un des accès d'Amiens. La prise de cette hauteur aurait amené fatalement la chute de Hailles et amélioré la position précaire des allemands au confluent de l'Avre et de la Luce".

Le bois Sénécat et la bataille d'Amiens sont cités de nombreuses fois dans les rapports et souvenirs de la première guerre mondiale. On lit aussi dans le journal de marche du 49ème RAC (Régiment d'Artillerie Coloniale) :
"Le 30 mars à 9 heures du matin, le 49ème RAC est en mesure d'accomplir sa mission, le 1er groupe est en batterie au sud de la route de Dommartin-Hailles, le 2ème groupe au nord de cette route et le 3ème à la sortie sud de Fouencamps. Les batteries tirent sans interruption... Les batteries tirent à vue l'ennemi qui dévale le long des pente de la Luce et de l'Avre... Les jours suivants, la bataille reprend.... Castel, le bois Sénécat sont le théâtre de luttes que l'histoire conservera parmi les plus acharnées... En trois semaines , près de 115 000 coups de 75 ont été tirés".

En face, les allemands répliquaient avec des obus de 88 et quelques gros calibres, on comprend que les maisons en torchis, et m^me le château et l'église en pierre n'ait pas résisté ! Avant de renaître de ses cendres, le village connaîtra une période de misère intense lorsque sa population, évacuée avant les combats, reprendra peu à peu possession des lieux. Le 30 décembre 1919, le Conseil Municipal émettait un vœu auprès de la préfecture de la Somme pour accentuer les aides, arguant ainsi :
"Considérant que le territoire de Hailles a été bouleversé par les tranchées et les trous d'obus, que ces trous d'obus ne sont pas complètement comblés et que les quelques cultivateurs réintégrés n'ont pu ensemencer qu'une très faible partie de leur terre... Considérant que le village a été entièrement détruit et n'offre , dans ses ruines, qu'un abri tremblant et bien mal assuré à ses malheureux habitants... Charge son maire de plaider la cause de ses malheureux habitants auprès des pouvoirs publics." La reconstruction sera menée à partir de 1920 et achevée peu avant 1930.

Erich Ludendorff (1865-1937), Chef de l'État-major allemand
Erich Ludendorff (1865-1937), Chef de l'État-major allemand

Le Bois Sénécat en 1918
Le Bois Sénécat en 1918